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16 février, 2009

Guadeloupe – Ernest Pépin écrivain guadeloupéen – réflexions

Classé dans : actualité — ¤ @ 7:54

Guadeloupe

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manif à Moule où monsieur sarkozy a « bouffé » du melon clic photo

qu’est-ce qu’il était sympa le futur président!! .. mais ça .. c’était avant.. maintenant.. Fillon (donc le chef)  dit non à une aide directe de l’Etat .. la tempête est proche

source Libé 

Plus d’un mois que la Guadeloupe est en grève.. Le président en réponse a envoyé des renforts de gendarmes

un tel mépris est insupportable!!

La France métropolitaine ne se préoccupe des mouvements sociaux dans les îles que lorsque ces mouvements mettent en péril ses vacances

mais la France métropolitaine devrait ne pas oublier que les Antilles sont des îles américaines .. et que les Antillais ont droit (au minimum) au respect .. au minimum! ..  même et surtout s’ils choisissent (encore) la France.. car.. pour le moment la vie dans un bidonville .. même aux Caraïbes ..  c’est un « paradis absurdement raté » (Aimé Césaire).. ça reste   »un territoire oublié de la République » (Christine Taubira)

.

« Crier que nous sommes des petits-fils d’esclaves ne suffit pas !
Détester, singer ou vénérer la France, n’est pas une politique !
Croire que l’on peut construire sur des ruines est une erreur ! »

Réflexions d’ Ernest Pépin  

(extraits)

«  Nous sommes un petit pays. Une petite lèche de terre peuplée seulement de 400.000 habitants et pour le moment nous sommes hors-jeu dans notre présent et presque condamnés à quémander l’avenir à ceux qui nous gouvernent. Chacun y va de sa chanson, de son parcours, de ses rêves. 

Je constate que nous sommes une somme de revendications syndicales obsessionnellement tournées vers les questions salariales, le maintien des avantages acquis, la guerre contre le patronat etc. [..]
Je constate que nous nous noyons dans le puits de la consommation. Les panneaux publicitaires fleurissent. Les voitures de luxe encombrent les routes. Les gadgets de toutes sortes tiennent lieu d’accès à la modernité. La modernité est un mot terrible. Cela fonctionne comme une machine à broyer le passé, la culture (reléguée au rang de tradition !), les manières de penser, de faire et de vivre.[..]

Nous avons le choix entre trois options :
Laisser rouler les choses au risque de se perdre;
Devenir indépendant au risque de s’appauvrir ;
Tenter une autonomie au risque de se faire gruger.

Il y a toujours un risque ! C’est là notre douleur et c’est là notre lâcheté. En réalité, je crois qu’il faut reformuler un projet guadeloupéen en toute responsabilité et en toute lucidité.

Qu’est-ce à dire,
Définir (redéfinir) quelle peut être notre fonction économique, sociale, politique et culturelle.  Et surtout définir (redéfinir) notre relation à la France et à l’Europe pour sortir de l’assistanat (cette mendicité de droit) et de l’infantilisation (ce légitime impôt prélevé par les bailleurs de fonds). Il faut donc commencer par nous définir nous-mêmes en ayant le courage et l’humilité d’éviter les postures victimaires ou héroïques, les positions dogmatiques, les immobilités conservatrices, les impasses de l’idéologie et le suivisme soi-disant moderniste. Cela fait beaucoup de contraintes mais la lucidité est à ce prix.

Nous sommes, le plus souvent, de piètres chefs d’entreprise.
Nous sommes, le plus souvent, des petits tas d’égoïsmes et au mieux des petites bandes de corporatismes.
Nous sommes, le plus souvent, de mauvais maris, de mauvaises épouses et pour finir de mauvaises familles.
Nous sommes, le plus souvent, une société violente au niveau des individus et au niveau du collectif.
Nous sommes, le plus souvent, des viveurs au jour le jour, des jouisseurs inconséquents. Toutes les industries du loisir le savent : boite de nuit, sex-shop, déjeuner champêtre, hôtels, Midi-minuit. Etc.
Nous sommes, le plus souvent, des travailleurs toujours en grève, en congé, en dissidence, en ruse et en laxisme.
Nous sommes, le plus souvent, abonnés à la seule culture populaire, oublieux de la culture du monde et trop matérialistes pour comprendre qu’un poème, qu’un roman, qu’un tableau, qu’une chanson, qu’une pièce de théâtre, etc.. ne sont ni des divertissements ni des exutoires mais des problématiques d’un autre possible de nous et du monde.
Nous sommes, le plus souvent, une insociété comme on dit une incivilité.

Et avec ça toujours empressé de nous comparer à la France comme si le monde entier, les seuls modèles, les repères absolus appartenaient à une France en crise depuis longtemps.[..]

Il est de bon ton de dire qu’il ne faut pas diaboliser la Guadeloupe, qu’il ne faut pas se flageller et qu’il faut positiver. Toute critique est assimilée à une trahison ou à du vomi.

Posons-nous la question qu’est-ce qui est positivable ?
Une jeunesse aux abois !
Des citoyens irresponsables !
Des personnes âgées de plus en plus isolées !
Un nombre grandissant d’exclus !
Un pouvoir local sans vision !
Des intellectuels bâillonnés par la proximité !
Des artistes impécunieux et subventionnés !
De grandes messes jubilatoires !
Une impuissance économique chronique !
Un tourisme impensé !
Des rapports de classe et de race viciés par le passé !

J’aime la Guadeloupe, mais je crois qu’il faut lui dire ses quatre vérités. Pas de presse capable de conscientiser ! Pas d’émissions éducatives et formatrices ! Une université trop extravertie! Un artisanat désuet! Une langue créole qui fout le camp ! Nous le disons entre nous, en petits comités. Nous le chuchotons mais nous avons honte de le crier en public. Comme dit Franky, c’est la vie en rose ! Césaire l’a écrit : « un paradis absurdement raté ». Maryse Condé l’a craché : la Guadeloupe n’est pas un paradis ! Et nous sommes là plein de rancœurs rancies, pleins de rêves non muris, admirateurs des autres, ébahis devant notre moindre prestation d’humanité, toujours dans la logique du rachat. Ah nos sportifs ! Au nom de quoi, le fait d’être guadeloupéen fait d’un exploit sportif un miracle ? A moins de douter de soi et d’estimer inconsciemment que nous n’avons pas droit à l’excellence.[..]

Pendant que nous nous livrons à des actes de cannibalisme (les uns à l’encontre des autres !), en l’absence de projet construit par nous et soutenu par nous, des forces agissantes décident pour nous, grignotent le territoire, contrôlent l’économie, décident pour nous ! Je ne parle pas de race, je parle de filières, de réseaux, d’organisations structurées, de puissances financières. [..] Combien de Guadeloupéens font partie du vrai jeu économique ? Nous ne sommes, à part quelques cas, que des sous-traitants et surtout des sous-gagnants.

Il est vrai que nous sommes soumis comme les autres aux durs effets de la mondialisation, que nos marges de manœuvres sont limitées et que nous sommes un petit marché. Ceci nous exonère pas de penser, de nous organiser, de lutter dès lors que l’objectif est clair, accepté et positif. Quels objectifs pour l’art, l’économie, le social, le politique ? Comment les atteindre ? Avec quelle stratégie ? En clair comment (re)bâtir la Guadeloupe ?

Il me semble souhaitable d’arriver à commercialiser notre culture sans la prostituer, à exporter ses meilleures créations et surtout à nous nourrir d’elle. Pour le moins, faire entrer la notion de dépenses culturelles diversifiées dans les budgets des familles et des entreprises serait un grand progrès.
Il me semble souhaitable d’envisager un développement rentable de l’agriculture afin de pourvoir, le plus possible, à nos besoins et à ceux des marchés qu’il nous appartient de trouver à l’extérieur.
Il me semble souhaitable de repenser de fonds en comble l’industrie touristique. Je dis bien l’industrie en l’accompagnant des produits du soleil (maillots de bain, serviettes, lunettes de soleil, crème solaire, vêtements etc) made in Guadeloupe ou labellisés « Guadeloupe » . C’était une idée de Paco Rabanne. Je doute qu’elle ait été entendue !
Il me semble souhaitable de rechercher les voies et moyens d’une solidarité active au sein de la société guadeloupéenne. Nous sommes si généreux envers le téléthon !
Il me semble souhaitable de croire au développement de la langue et de la culture créoles dans une perspective non folkloristes mais diplomatique (il existe un monde créolophone), économique et culturel.
Il me semble enfin souhaitable que nos élus aillent se former non pas seulement à Paris mais aussi dans la Caraïbe. Ils connaîtraient mieux le fonctionnement des pays indépendants ou néo-colonisés. Ils seraient plus au fait des données de la diplomatie. Ils gagneraient en relations internationales. Ils créeraient d’utiles solidarités.

Mais tout cela n’est rien si nous ne répondons pas à la question suivante : quelle Guadeloupe voulons-nous ? Autrement dit avec quelles valeurs ? Quel mode de fonctionnement ? Quel type de citoyens ? Quel système économique ? Quel budget ?[..]

Crier que nous sommes des petits-fils d’esclaves ne suffit pas !
Détester, singer ou vénérer la France, n’est pas une politique !
Croire que l’on peut construire sur des ruines est une erreur ! »

(Ernest Pépin, Lamentin le 21 janvier 2009)
source   

 

rajout à midi passé : des liens proposés par Pallaksch  là chez moa ou sur carib créole one  et surtout directement chez Ernest Pépin

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